jeudi 14 avril 2011

Paradis Artificiels : Oh La La ! @ Péniche 13/04/2011


Il est un bon 20h50 quand Natasha Le Jeune & ses boys d'Oh La La ! s'emparent de la petite scène de la Péniche. L'ex-chanteuse d'AS Dragon fait comme chez elle, mini short en jean et clope au bec. Pas de première partie donc, mais le public de la salle flottante sent qu'il va passer un bon moment.
Il apprécie le début en grande pompe avec le percutant Goodbye Superman suivi de l'enchainement des deux irrésistibles meilleurs titres de l'album (et oui, ici c'est un peu cliché puisque ce sont les deux single radiophoniques), Relax et Un Poing C'est Tout.

A ce moment là de la soirée, le spectateur n'a entendu qu'un petit quart d'heure de live et a un début de filet de bave sur le coin de la bouche rien qu'en pensant à la suite. La bave, pour la fraicheur et l'énergie que dégage le jeune groupe mais aussi inévitablement pour la sensualité de la sauvage chanteuse.
Accompagnée de l'intelligent Benjamin Lebeau (mieux connu comme la moitié des Chaussures françaises montantes), elle affiche une assurance qui n'étonne plus les trentenaires ayant vécu les grandes heures d'AS Dragon. Ceux-ci sont présents en masse ce soir et se décoincent petit à petit.

Il faudra attendre les rappels au compte gouttes au bout de seulement 30 min de set avec un Paris Ne T'Aime Pas convaincant et un deuxième Relax, plus décontracté que le premier, pour que l'ambiance s'installe. La belle Natasha (girl power!) enchaine les gorgées de vodka pure et Benjamin, dont la tête touche le plafond du bateau, se remue dans son petit haut à paillettes. Notre seul véritable regret au final aura été le manque de live, puisque toute la partie basse est pré-enregistrée, trio oblige.

L'équipe de choc quitte pour de bon son terrain de jeu qu'est la scène et le matelot spectateur regarde sa montre. Cinquante petites minutes de musique, certes, mais des bonnes minutes. Peut-être a-t-il oublié que le groupe n'a qu'un album, éponyme et sorti il y a maintenant trois mois.
Qui dit mono-album dit concert éclair. Mais qui dit concert éclair ne dit pas forcément concert annexe, et le groupe parisien nous en a fait une belle démonstration ce soir pour les Paradis Artificiels. Et pour répondre aux grincheux de service, il convient de répondre tout simplement par des paroles du trio parisien : "Relax, on a connu pire".

The Love Mot Nots + Jimi Was Gain @ Boite à Musique Wattrelos 10/04/2011




Amis amateurs de rock'n'roll et de sueur, si vous n'étiez pas rassasiés après le copieux Cool Soul Festival du jeudi à l'Aéronef, la Boite à Musiques, salle bénite par nostalgiques et autres rockeurs à cheveux gras, avait exactement tout ce qu'il vous fallait.
En effet, afin de terminer la semaine en beauté, un concert des Love Me Nots, quatuor américain réputé dans la secte très fermé du garage et auteur de quatre albums remarqués, était proposé dans le cadre d'une tournée française printanière, non pas pour voir du pays et bien manger mais pour défendre leur dernier en date, The Demon & The Devotee.


La première partie nous venait du Pas-de-Calais et a déballé une grosse demi-heure durant un set de rock'n'roll brut, loin des clichés qu'un jeune groupe lensois pourrait apporter. Ces deux-là sont des bons, et officient sous le nom, plutôt évocateur, de Jimi Was Gain. Aurélien Victor Lagache, guitariste duracell (qui contraste avec Romain Barrez, batteur concentré) a en fin de compte oublié ses pédales d'effets au pays des mines et des chicons et cet oubli nous aura permis de juger le son à l'état cru, à la base même de leurs compositions.


La partie "gain" de leur nom a donc été entièrement exploitée ce soir mais leurs titres baissent automatiquement en puissance (dans le sens d'efficacité, car la puissance sonore est déjà forte). Qu'importe, l'énergie est là et le guitariste se donne à 100% en frappant sa tête contre la crash de son ami. Enfin, le chant yogourt ponctué de cris, leur marque de fabrique mais celle aussi de leurs amis du Jimi Ben Band ou des belges d'Experimental Tropic Blues Band, est assez rare pour être signalée.


Le duo d'chez nous ont fait place aux pros : le mi-girls/mi-boys band The Love Me Nots ont offert une belle démonstration de professionnalisme musical avec un set carré sans aucune fausse note malgré quelques larsen gênants de temps à autre.
Les quatre américains ont déballé tous leurs tubes sans exception avec, même durant une tournée marathon, une fraicheur étonnante et une joie de vivre contagieuse.


Sur scène, la non-sans-charme chanteuse (qui revient d'un cancer, respect) Nicole Laurenne, frappe sur son clavier tout en cherchant Michael Johnny Walker qui, en plus de porter un nom de scène qui fait baver n'importe quelle personne normalement constituée, se révèle être un guitariste hors pair. Il n'est pas le seul expert dans le groupe puisque le batteur d'origine est revenu et frappe ses fûts comme s'il jouait sa vie.

La setlist est idéale pour embellir notre fin de week-end et entre deux bombes (répondant aux noms de Make Up Your Mind ou You're Really Something), le groupe déverse des ballades faussement molles pour repartir de plus belle par la suite. Tout est calculé, maitrisé pour provoquer le maximum de frissons rock'n'roll dans la salle injustement peu remplie, et l'intro au clavier sur Karen (Get Yourself Out) fait frémir les premiers rangs. Nicole n'hésite pas à prêter son tambourin chéri le temps d'un You Don't Know a Thing About Me dantesque à une fan devant.


Doux, adorables, attachants, pros... mais avant tout ricains, et le passage post-concert au merchandising fait mal : 15 petits (?) euros pour acquérir une de leurs quatre galettes et 5 euros pour une misérable petite affiche. Le tout avec le sourire de la gentille capitaliste arboré par Nicole accompagnée de sa bassiste, Kyle Rose Stokes. Le stand est alors pris d'assaut par une horde de mâles affamés.
On aura préféré oublier cet étrange moment pour ne retenir que le meilleur : une bonne heure de garage dopé aux claviers doorsiens comme on en entend trop rarement.

PHOTOS : JANICKS

ITW The Jim Jones Revue (+ Live Report)




L'Aéronef, un jeudi après-midi ensoleillé. Le Cool Soul Festival, croisière rock'n'roll itinérante composée de 3 escales en province et une parisienne, vient de jeter l'ancre à la salle lilloise. La crème du rock'n'roll actuel a embarqué dans un périple musical comme on aimerait en voir plus souvent. A la tête du bateau, le groupe londonien The Jim Jones Revue. Entretien avec son leader, Jim Jones et Rupert Orton, guitariste.

Le Cool Soul Festival a déjà retourné Clermont-Ferrand (mardi) et Rouen (hier). Quelle atmosphère règne sur la tournée ?
Jim Jones (chant/guitare) : Incroyable. Tout se passe très bien, chaque groupe regarde les set des autres et si quelqu'un a un problème, il peut compter sur l'aide des autres. Et puis c'est avant tout la pop music, la musique de la passion.
Rupert Orton (guitare) : On était tous amis à la base, notamment avec les BellRays avec qui on a déjà partagé la scène. Donc faire une tournée ensemble, c'est génial.

Vous avez déjà fait plusieurs fois le tour de l'hexagone, autant dans des petites salles que des gros festivals (on se souvient du passage triomphal aux Vieilles Charrues en 2009). Vous avez maintenant un fan club français et les lecteurs de Rock&Folk vous ont élus comme Groupe de l'année 2010. Comment vivez-vous tout ce qui arrive ?
R.O. : C'est dingue, on a même un pianiste français maintenant ! (Henri Herbert, qui remplace l'excellent Elliot Mortimer, qui a préféré se consacrer à sa vie familiale, ndlr) Nous aimons la France et quand j'ai reçu l'email de notre maison de disque concernant le prix des lecteurs de R&F, je me suis demandé si c'était vraiment nous le groupe dont ils parlaient.. c'était fou.

Vous avez dédicacé Princess & The Frog à Sarkozy lors de votre passage à l'Album de la Semaine sur Canal +. Est-ce que les londoniens de JJR ont un avis sur la politique en France ?
R.O. : Non, on ne se positionne pas politiquement parlant. Par contre au niveau culturel, les français sont très vivants et réactifs, c'est fantastique, notamment à Paris. La France nous a accueillis les bras ouverts dès la sortie de notre premier album.
J.J. : Ce que j'aime en France, c'est l'esprit d'indépendance et de rebellion et si la population n'est pas satisfaite, elle n'hésite pas à descendre dans la rue. Et c'est pour ça que le rock'n'roll marche bien ici, c'est en accord total avec l'héritage culturel.
R.O : On encourage vraiment les français à continuer de protester contre les limites qu'on leur impose, c'est ça le rock'n'roll !

Jim Jones

Vous avez sorti l'année dernière votre deuxième album, Burning Your House Down, avec un son plus clair et propre que le précédent. Pourquoi ce choix et comment s'est passé l'enregistrement avec Jim Sclavunos (membre de Nick Cave and The Bad Seeds, Grinderman), qui a produit l'album ?
R.O. : Sur le premier album, on voulait restituer l'énergie live qu'on avait chaque soir, on voulait clairement un son brut. On pouvait pas faire la même chose pour le second donc on voulait jouer un peu avec cette énergie.. "clair" n'est pas le bon terme pour décrire le son qu'on a voulu obtenir, plus sonique. Et Jim Sclavunos fut d'une aide précieuse pour l'enregistrement.

Vous comptez dans vos fans Jon Spencer, Liam Gallagher ou même Jack White qui vous a choisis pour ouvrir un concert des Dead Weather à Londres. Comment ça s'est passé et comment a réagi le public ?
R.O. : C'était génial. L'histoire à la base c'est qu'il nous a contacté pendant qu'on tournait en France. On avait un concert à Strasbourg donc on est partis pour Londres directement après avec le bus et sachant qu'on en avait un prévu au Havre le lendemain, on a pas dormi pendant 3 jours, mais c'était une expérience formidable et tout s'est bien déroulé.

Rupert Orton

Premier CD acheté ?
J.J. : Le premier CD qui m'a marqué était un cadeau de ma mère : Back In Black d'AC/DC. Par contre le premier CD que j'ai acheté moi-même était Raw Power des Stooges.

Vos projets pour l'après Cool Soul Festival ?
R.O. : On tourne en Europe jusqu'aux festivals estivaux, dont quelques uns en France. On apprécie vraiment l'ambiance des festivals français. Si tout se passe bien (il frappe sur la table), le prochain album devrait être prêt pour l'année prochaine, on le commence à la rentrée.


Tête d'affiche d'une belle soirée ouverte notamment par les BellRays avec un set décapant et sans fausse note, les Jim Jones Revue auront rempli le contrat : mettre à genoux une fosse qui ne demandait que ça, à coup de bombes rock'n'roll piochées avec subtilité dans leurs deux albums. La recette n'est pas très originale mais pourtant efficace et c'est une véritable performance que nous livrent les londoniens, qui ont basé leur réputation sur de live sportifs et classes, sans chichis sur le volume.
Une bonne preuve que Neil Young n'avait pas tord : "hey hey my my, rock'n'roll can never die" !


ITW Restavrant (+ Live Report)



Lors de son passage lillois début avril, le Cool Soul Festival nous livrait autant des poids lourds du rock'n'roll d'aujourd'hui que des découvertes inattendues et rafraichissantes. Derrière les écrasants BellRays ou Jim Jones Revue se cachaient donc les texans de Restavrant.
Armés d'une guitare et d'une batterie bricolée (pour mieux percuter), ils foulaient le sol français pour la première fois. Bilan de mi-festival pour ce duo blues pas comme les autres.

Comment se déroule votre première tournée européenne ?
J. State (batterie) : Génial, on passe des moments de dingue. On revient d'Allemagne, d'Italie et de Slovénie et là on a attaqué la France, il nous reste Paris, Marmande..
(Vient alors, sur l'impulsion du groupe, une petite leçon de prononciation à propos du nom de "Lille", qu'ils avaient tendance à prononcer "Li").

Vous venez tout droit du Texas. Voyez-vous une différence entre le public américain et le public français ?
Troy Murrah (chant/guitare) : Non, pas vraiment. On remarque par contre des différences entre les salles du Texas et celles de Californie ou du Michigan, par exemple. C'est aussi peut-être parce qu'on vient du Texas, donc on a nos amis et nos fans là-bas. Mais ce qui est cool ici, c'est que le public européen s'intéresse à ce que tu fais alors qu'aux Etats-Unis les fans te disent "j'aime votre musique", mais ça s'arrête là.

Si vous deviez présenter le son de Restavrant, ça donnerait quoi ?
J.S. : Sur myspace, on dit qu'on fait du "Country/Electrique/Punk".
T.M. : C'est dur de définir sa musique, surtout que c'est mêlé à du blues. Il y a quelques jours, quelqu'un nous a dit que c'était du Jon Spencer Blues Explosion mélangé à du Black Keys.

Vous arrivez d'ailleurs quand les Black Keys s'essoufflent (cf la date annulée ici même, à l'Aéronef, pour cause de "fatigue") et alors que les White Stripes se sont séparés. Pensez-vous qu'il y a une place dans le paysage musical actuel pour les duos guitare/batterie ?
T.M. : Oui, bien sûr. Les Black Keys sont bons, mais leur son est, selon moi, trop droit, carré.. c'est juste du rock'n'blues. Notre idée est de rajouter des claviers, de la "drums machine", techno, pour rendre le tout assez différent de ce qu'on peut trouver ailleurs.
J.S. : Il a étudié dans les arts, et moi dans le cinéma donc on essaye d'introduire un peu de notre vécu, de ce qu'on aime dans notre musique. C'est au final assez étrange, plus créatif je trouve, un peu punk. On travaille en fait comme avec des robots et quand il y en a un qui casse, on en trouve un autre.

Vous avez une page facebook, où vous postez votre vie en tournée avec des photos, des réactions, des anecdotes.. J'imagine que c'est un bon moyen de rester en contact avec vos fans et les gens qui vous suivent ?
J.S. : On publie surement trop par rapport à ce qu'on devrait, mais c'est vrai que ça reste un bon moyen pour communiquer. Le rapport entre les groupes et le public a changé, on a maintenant des discussions de tout et n'importe quoi avec des fans, et c'est plutôt cool.
T.M. : On aime bien publier des photos et voir la réaction des gens.

Le premier CD acheté ?
T.M. : Moi c'était un single 45 tours d'Eye Of The Tiger de la BO de Rocky (il se met à chanter). J'étais pas un grand fan mais je me souviens que ma soeur m'avait dit "quoi? tu aimes ça, toi?" alors qu'elle, elle était fan.
J.S. : Je me souviens plus.. ça doit être le single Microphone Fiend d'Eric B & Rakim, du hip-hop.

Et le premier concert ?
J.S. : Ziggy Marley & The Melody Makers, génial.
T.M. : ZZ Top quand j'avais 8 ans, mon père était fan. J'avais été impressionné à l'époque parce que tout le monde fumait de l'herbe.

Le but du webzine est de faire découvrir des jeunes talents. Pouvez-vous me citez le nom de groupes que vous avez récemment découverts ?
J.S. : Il y en a tellement.. Thee Oh Sees, par exemple. Ou, dans un tout autre registre, Fukkk Offf. Sinon j'aime beaucoup le site rcrdlbl.com, t'y trouves autant des artistes que tu n'as jamais entendu parler que des remix de titres d'artistes connus, le tout en téléchargement gratuit.

L'interview se termine là, mais notre conversation non. On se met alors à parler, dans une décontraction étonnante, de l'apprentissage de l'anglais en France (moi, un accent pourri?!), des clichés sur les texans et on en arrive même à la montée du nationalisme sur notre territoire.


Puis on retrouve les ricains sur scène le soir même. Après le calme, la tempête : tandis que J. State frappe sur sa batterie bricolée (bidon d'essence Renault, plaques d'immatriculations collées..), Troy Murrah chante, gratte et souffle dans son harmonica avec une assurance folle. Incontestablement LA révélation de la soirée et les spectateurs, nombreux, ne vous pourront pas vous dire le contraire.


PHOTOS : ERIC BRIZAUT

samedi 9 avril 2011

Week-end HushPuppies + Concrete Knives // 2 et 3 avril 2011 @ Grand Mix

Avant d'entrer dans le vif du sujet, un petit rappel des faits s'impose.

12 Février 2011 : les Concrete Knives, quintette flérien en puissance, retournait la Cave aux Poètes lors de la 1ere soirée Tip-Toe en ouverture du duo d'électro parisien Jupiter. Un coup de coeur qui ne nous avait pas déçu.

21 Mars 2011 : alors que la population adolescente se jette (les chiffres nous montreront qu'en fin de compte non) sur Angles des Strokes, attendu depuis déjà 6 ans, les HushPuppies sortent discrètement leur 3ème album après la tournée triomphale du dernier qui s'était finie par 2 mémorables shows (parce qu'avec eux, ce sont plus que de simples concerts) au regretté Elysée Montmartre pour la capitale et au Splendid de Lille pour la province.
Quatre ans plus tard, ils lancent leur nouveau marathon et nous offrent, le temps d'une escapade tourquennoise, deux concerts exeptionnels en (bonne) compagnie des Concrete Knives.
Récit d'un week-end comme on aimerait en vivre plus souvent.

Ca avait mal commencé : à peine sorti du métro, les neurones encore endormis après les difficiles 40 minutes de cohabitation forcée avec de chanteuses du dimanches présentes dans la même rame, on aperçoit au loin des troupeaux de teenagers flânant devant le Grand Mix. Pas de doute, ce soir c'est jupe, mèche et jus de fruits : bienvenue à la 2ème Teenage Party du GM.

Après une heure de tubes radiophoniques sélectionnés par Dj Dleek et un vomi dans le hall (que celui qui a introduit de l'alcool dans le GM se dénonce!), des bruits de jungle s'échappent des enceintes, c'est parti pour trois gros quart d'heure de rafraichissement musical. En effet, il existe 2 types de premières parties pour un concert : celles qu'on a vues et qu'on ne reverra pas et celles qu'on a envie de revoir dès la fin du set. Ces jeunes couteaux concrets font partie de la 2ème catégorie.


Guitare incisive et choeurs entêtants forment une pop colorée et rythmée qui a déjà conquis les publics des Transmusicales, de 2 Flèches d'Or et bientôt du Printemps de Bourges avant la tournée des festivals estivaux cette année. La recette de leur pop explosive est simple : la guitare acérée de Nicolas Delahaye se mêle aux rythmes à la fois tribaux et complexes de Guillaume Aubertin, à la basse groovy de Martin Bonnet et au délicieux synthé d'Adrien Lepretre. Rajoutez le charme de Morgane Coals au chant et la magie opère.

Le Grand Mix n'est qu'au tiers rempli mais les kids n'ont pas attendu les tubesques Brand New Start ou Family Tree pour accompagner les 'nananana' ou autres 'wohohoho' du groupe. Les mains sont en l'air, les converses frappent le sol au rythme de la grosse caisse. Morgane nous gratifie d'une sirène le temps d'un voyage aérien sur le bord gauche de la scène, un petit tour en fosse et les voilà partis. On avait pas vu le temps passé et c'est tant mieux.


Un changement de plateau assez long ? No problem, le bar a tout ce qu'il faut pour passer le temps. Aujourd'hui c'est samedi et qui dit Teenage Party dit jus de fruits. Ou plutôt cockail tagada, et les ados aiment ça.

La salle s'éteint et le long instrumental qui ouvre l'album s'installe. Le ton est donné : les HushPuppies jouent maintenant dans la cour des grands. Le lightshow est soigné (on retrouve un clin d'oeil à la pochette de l'album avec les 2 lumières rouge et bleu croisées) et la setlist rodée. La dernière galette est forcément privilégiée pour le meilleur (Frozen Battle, Twin Sister, Stop ou encore Low Compromise Democracy) et pour le pire (Zero One ou Every Night I Fight Some Giant, sorte de pâle copie de Down Down Down).
Malheureusement, rien est assez bien pour captiver un public de teenagers et la salle se vide au fur et à mesure de set. Malgré tout, un prépubère envahit la scène et s'empare du tambourin d'Olivier Jourdan. Pas de rappel et on les comprend.


Quand on débarque au Grand Mix le lendemain, on regrette les heures de sommeil qui nous manquent.
Mais on retrouve vite le sourire grâce au stand de gnocchis/courgettes/poulet/parmesans installé à l'entrée de la salle. La première bouchée à peine avalée que revoilà les Concrete Knives. Après le level 1 réussi haut la main, le level 2 s'annonçait forcément plus difficile : le spectateur de ce soir (ou de cette fin d'après-midi puisqu'il est 18h30), qu'il soit habitué de la salle ou simple amateur des Hush, est moins naïf qu'un simple teenager.

Mais alors que l'habituelle déprime de fin du week-end planait en fosse au début du set, il n'est plus rien à la fin. La formule magique des nos flériens préférés refait son effet et chaque titre joué prend des airs de tubes. Des applaudissements nourris ne font que renforcer notre opinion de départ : ce groupe va aller (très) loin.. to be continued.
Cerise sur le beau gâteau : le tee-shirt 'I Want My Kate Moss' naturellement porté par Nicolas des CK ou encore l'annonce par ce dernier de la défaite du groupe contre les Hush au foot montre clairement que le lien entre les 2 groupes s'est tissé, chouette.


La suite était impatiemment attendue du côté du public après les deux précédents mémorables concerts des HushPuppies ici à Tourcoing ces dernières années. Celui de ce soir, par la portée moins rock de l'album, ne sera pas le concert de l'année pour plusieurs raisons, de l'enchainement indigeste de titres du dernier album au début du set jusqu'au manque de rappel à la fin, alors que les cinq parisiens était chaleureusement rappelés.



Mais les nostalgiques auront eu l'occasion d'exprimer leur enthousiasme sur les mythiques You're Gonna Say Yeah, Single ou encore Pakt Up Like Sardines In A Crushtin Box du premier LP.

Au final, pendant ce week-end, on se sera pris des claques et des déceptions, on aura vu des ados et des adultes, des robes et des crânes dégarnis, on aura mangé des gnocchis et des sandwichs, on aura bu des bières et des jus de fruits. Ca serait mentir que de dire que la reprise fut facile.


PHOTOS : LAETITIA TASCHATT


mercredi 9 février 2011

FPM : Blackfeet Revolution + Yes S Club @ Biplan 05/02/2011

Une nouvelle louche de French Pop Mission, vous dites ?! pour mon anniversaire ? avec 2 groupes prometteurs, d'un côté les Black Box Revelation français et de l'autre les nouveaux Naive New Beaters (j'avais jamais fait des comparaisons aussi nulles je crois...) ?
Je dis un grand OUI. Here we go again !

22h. On attend bien sagement, une bière à la main, calé dans une chaise de la cave du Biplan quand on nous prévient : "il y a une queue de dingue dehors!". Au début, sans vouloir douter du talent incontestable (et je pèse mes mots!) de Stéphane et Bénédicte de FPM, on y croit pas. Et puis on se décide à aller voir quand même. Effectivement, des dizaines de jeunes lillois attendent à la billetterie de la salle. Wow.

Un Biplan rempli donc, pour une soirée de folie. Les hostilités ont commencé avec le duo parisien Blackfeet Revolution vers 22h30.
Un rock énergique et terriblement efficace mélangeant les solos fiévreux des White Stripes et le blues carré des Black Keys tout en y ajoutant des choeurs subtilement bien dosés qui auront fait remuer les têtes d'un public curieux.

On aura vite oublié la fatigue du groupe (réduisant leur puissance scénique) due à une cui...euuuh à un coup de fatigue, tout simplement. On aura aussi vite oublié le plagiat de La Grange de ZZ Top. Mais on aura en revanche vite apprécié la reprise rock de Tainted Love de Gloria Jones par exemple ou le tubesque Power To The People. Convaincant, et c'est tout ce qu'on attendait pour cette première partie de soirée.

Qui dit première partie dit deuxième partie avec les picards de Yes S Club. Un trio jovial jouant la carte de l'électro/rock. Quel rapport avec le groupe précédent ? Ils partagent la même énergie et la même joie de jouer sur scène.
Après les claques reçues sur Puss In Boots (octobre) ou Kami (décembre), c'est une nouvelle baffe qui nous est offert de la part de FPM. En effet, le set de 45 min ressemble à une mini-tornade grâce, d'une part, à l'électro en grande partie live (et c'est assez rare pour être remarqué) craché par le groupe mais aussi grâce à un lightshow coloré et puissant.

Leur assurance est attachante et les applaudissements amplement mérités. Les fans de la première heure au premier rang auront fait abstraction du pompage sur un titre de We Are Your Friends de Justice, pourtant assez gênant sur le moment.
Mais on s'en fiche, la cave presque remplie se sera défoulée, amusée et aura avant tout découvert 2 groupes dont on entendra parler en 2011, et on y met notre oreille de rockeur à couper.

mercredi 2 février 2011

Oh No Oh My + Greenshape @ Péniche 30/01/2011

C'est en arrivant à la Péniche qu'on réalise l'ampleur de la date. Alors qu'on pensait tomber sur une affluence "normale" pour un groupe malheureusement pas assez médiatisé dans l'hexagone, on se trompait en fait sur toute la ligne : le concert est complet, même archi-complet, à en voir la bonne vingtaine de malheureux refoulés à l'entrée du bateau.
En effet, la fin d'aprem proposée avait tout pour plaire et remplissait toutes les critères requis pour passer un bon moment : concert à 18h un dimanche glacial d'hiver, soit l'idéal pour passer la meilleure des fin de week-end possible en gigotant sur la pop rythmée et ensoleillée des 4 guys d'Austin officiant sous le nom, connu depuis 2006, d'Oh No Oh My. Tout ça pour moins de 10€... que demande le peuple ?

Il faut dire que la première partie en guise d'apéritif était alléchante sur le papier avec Greenshape, nouvelle signature d'AGDL. Le valenciennois offre une folk délicieuse aux accents outre-Atlantique à une Péniche déjà dense et curieuse durant un set qui aurait gagné en efficacité s'il avait été raccourci. Avec une structure chant/guitare lassante et agrémentée d'un bref et timide contact avec le public (pourtant réceptif et respectueux), Greenshape montre un léger manque d'assurance qui sera, on n'en doute pas, corrigé afin que cet artiste à part entière puisse conquérir un plus large public.

On savait qu'on allait taper du pied, on était prévenu qu'on allait remuer son cul (pardon, c'était pour la rime). Bref, la centaine de personnes réunies on the boat était venue pour prendre son pied, et ce fut réussi.
Et ce qui différencie un concert des Oh No Oh My d'un autre, c'est qu'on s'éclate autant dans la salle que sur scène : la joie de jouer et de partager son amour de la pop est palpable sur les visages des membres du groupe, alors que ces derniers passent leur vie sur la route. Dingue mais possible.
Ces passionnés de musique, tous multi-instrumentistes (sinon ça serait pas drôle), présentent un set à la fois carré mais vivant, structuré mais sincère. Et quand le chanteur lance un "all night long", un type répond "I hope so". Du plaisir à petite dose (moins d'une heure de trente, rappel compris) pour un groupe convaincant et simple. Des gentils dans un monde de brutes.

vendredi 10 décembre 2010

Born Ruffians + Young Rival @ La Péniche 2/12/2010

J'avais déjà du faire mon choix lors du Main Square et des Ardentes. Le point commun de ces 2 festivals estivaux complètement opposés ? Les 2 sets successifs que j'ai réussi à louper des frère et soeur les plus médiatiques du moment, Angus & Julia Stone. La 3e fois ne sera toujours bonne et c'est Félix qui s'est chargé de chroniquer la soirée à l'Aéronef.

En effet, le motif est simple et très clair : un autre groupe, musicalement parlant plus intéressant, se produisait devant une Péniche sold-out en ce jeudi neigeux à souhait.
Son nom ? Born Ruffians. Avec leurs compatriotes d'Arcade Fire, Patrick Watson ou le récent Timber Timbre, ils nous permettent d'affirmer que le Canada est responsable d'une belle partie des petites merveilles de ce début du XXIe.

Les prémices de la dégustation musicale avec les Young Rival qui sont en fait tout simplement des potes canadiens de nos stars de la soirée. Des copains donc, mais pas seulement. Les 3 guys forment un groupe à part entière, défendant leur pop rythmée et conviviale à l'image de ce gros 'YOUNG RIVAL' multicolore et efficace car judicieusement collé au plafond (ça, c'est du marketing !).
Le public est conquis et sautille, quitte à s'abimer un peu les chevilles. On bouge de la tête et on sourit devant un set convaincant, dont le style musical oscille entre garage minimaliste et pop vitaminée presque beach boysienne dans les choeurs et les guitares.

La suite est musicalement plus raffinée. Mais la suite est surtout plus attendue : entre les connaisseurs présents en masse pour la croisière de ce soir et les groupies aux 1001 cris aigües, on sent avant même que le groupe débarque sur les coups de 21h30 qu'on va passer une bonne soirée. Pari réussi.

En fin de compte, on pourrait dire que les Born Ruffians ont tout compris. Ils savent ce qui marche, aujourd'hui, à l'aube de 2011. Ils savent surtout ce qui plait et ce qui fait du bien aux oreilles.
Leur pop subtile, aux accents inévitables de Vampire Weekend (qui en sont déjà au stade d'influences pour d'autres groupes, c'est fou). Vampire Weekend pour le chanteur : propre sur lui comme sur son jeu de guitare, le garçon est imperturbable, à l'exception du cassage de corde, qui nécessitera un petit déplacement sur scène pour changer de guitare. A l'inverse, le bassiste aux cheveux longs bouclés, profite du cadre intimiste pour livrer une prestation remarquablement énergique et forcément communicatrice.

Du set, on en retiendra quelques petites comme le triomphal What To Say, repris en choeur par une Péniche qui aura frôlé le choc thermique à la sortie. Des bombes gentilles mais pas inefficaces pour autant, au nom de Sole Brother ou Hummingbird. La cerise du gâteau arrivera quand les Born Ruffians, chaleureusement rappelés pour la deuxième fois, inviteront les Young Rival pour un final mémorable sur I Need A Life.
La Péniche c'est petit et pas cher mais on en sort retourné à chaque fois.

mercredi 8 décembre 2010

ITW The Bellrays

Pour tout vous dire, on était plutôt excités quand on a reçu la confirmation : Tip-Toe a l'honneur et la chance d'interviewer les mythiques BellRays lors de leur passage à la Ferme d'En Haut pour le festival Tour de Chauffe. Et à quelques minutes de monter sur scène alors que Lisa Kekaula, diva du groupe, se remet un coup de laque, c'est encore plus rock'n'roll...

Tip-Toe : vous êtes partis pour une tournée de 14 dates dans les 2 semaines à venir (l'itw se déroule le 18/11/2010, ndlr). Comment vivez-vous en tournée et comment faites-vous pour garder la même pêche pour des concerts incroyables chaque soir ?
Lisa Kekaula (chant) : C'est en fait assez ennuyeux (rires). On essaye de rester naturel autant que possible sur scène et en dehors. On boit beaucoup d'eau, on fait de la relaxation, même quand ce n'est pas le moment d'être relax.. Mais ça reste toujours du plaisir.


Tip-Toe : Vous avez fondé The BellRays en 1991. Est-ce que les slogans "Maximum Rock&Soul" ou "Blues is the teacher, Punk the preacher" sont encore d'actualité ?
Lisa : Absolument. Je pense que c'est ça qui nous fait continuer.


Tip-Toe : Dans le nouvel album, Black Lightning, des choristes et des cordes remplacent les guitares sur Sun Comes Down. Pourquoi ce choix de ralentir le tempo et d'introduire des violons ?
L : Quand nous avons écrit la chanson au départ, c'est comme ça qu'on l'envisageait alors on a essayé différentes façons de reproduire le son qu'on avait en tête avec d'autres moyens que la guitare. C'est là qu'est arrivée l'idée des cordes.


Tip-Toe : Lisa, es-tu une diva ?
L : Tout le monde est une diva. Quand ils disent qu'ils ne le sont pas, ils le sont en réalité ! Et si vous croyez que je le suis tout le temps, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas forcément ma personnalité en général, mais surtout en tant que chanteuse.

Tip-Toe : Dans Have A Little Faith, vous reprenez Cornichons de Nino Ferrer. Aimes-tu les cornichons et pourquoi cette reprise et pas une autre ?
L : J'aime les cornichons et j'adore la chanson. On a été mis en contact avec Nino Ferrer lors de notre première tournée européenne et notamment avec son manager et quand nous avons entendu la chanson pour la première fois on s'est dit qu'on avait jamais entendu ça avant et que c'était très funky en fin de compte. C'est vraiment une chanson qu'on adore.

Tip-Toe : Vous disiez il y a quatre ans avoir "un peu d'espoir". As-tu confiance en l'avenir concernant la soul et le funk ?
L : Nous avons confiance en ce que nous faisons, c'est tout ce que je peux vous dire à ce propos (rires).

Tip-Toe : ..et à propos des jeunes groupes ?
L : Je me concentre essentiellement sur notre musique. Mais je ne suis pas pour autant une puriste !

Tip-Toe : As-tu des idoles ? On se souvient, par exemple, de votre participation à la Garden Nef Party 2008 à Angoulême, le même soir qu'Iggy & The Stooges..
L : C'était une expérience formidable et c'est définitivement un groupe que j'admire ! Mais je serais incapable de vous en citez d'autres, là, maintenant.

Tip-Toe : Pour terminer, le but de notre webzine est de faire découvrir des groupes... Qu'est-ce que tu nous conseille ?
L : J'aimerais pouvoir vous en citer mais je ne peux pas, surtout juste avant de monter sur scène, désolé.

Les BellRays sont à quelques minutes de monter sur scène et nous mettons donc fin à l'échange. Lisa s'excuse sincèrement pour la rapidité, on la remercie chaleureusement pour sa gentillesse et au moment de quitter la loge, elle s'exclame : "Phoebe Killdeer and the Short Straws ! Voilà un groupe que j'aime ! Malheureusement.. je ne sais plus le titre de la chanson.." Une fois rentrés on file sur myspace pour aller écouter plus en détail la fameuse Phoebe Killdeer.. et ça kill vraiment : http://www.myspace.com/phoebekilldeer

vendredi 3 décembre 2010

Airbourne + Enforcer + Black Spider @ Aéronef 27/11/2010




Votre attention s'il vous plait. De drôles d'individus, la trentaine bien passée, ont embarqué à bord de l'Aéronef pour un voyage... en Australie, le pays du hard-rock. Et non, Angus et ses AC/DC n'ont pas (encore ? L'espoir fait vivre..) investi la salle lilloise mais c'est une copie, pas fade pour autant.
Il en existe des groupes qui s'amusent, plus ou moins sérieusement, à porter des kilts, des cornes de diables et à se péter les cordes vocales pour (essayer d') imiter Bon Scott. Mais aucun n'arrive à la cheville d'Airbourne et son mur de Marshall.

Mais avant d'espérer voir des kangourous, il fallait observer des araignées noires. Black Spiders, vous avez compris, étaient la première partie surprise de la première partie.
Compliqué.
Au final, c'est une bonne demi-heure certes clichée, du groupe de hard-rock gueulard jusqu'au dégagement assez conséquent de testostérone dans la fosse, mais décapante et convaincante pour ouvrir la soirée.

La suite se nomme Enforcer et aura été très vite oubliée : le cliché apprécié quelques minutes plus tôt nous écoeure et sent la contre-façon ici. Dommage car le groupe ne fait pas les choses à moitié et a du mérite de continuer la tournée après un accident non négligeable sur la route deux semaines plus tôt.


Voir Airbourne en live procure le même plaisir inévitable quand, une fois le CD sur la platine, on se prépare à 45 min d'air guitar dans sa chambre un dimanche soir d'hiver. La même rage, transposée ici autant dans le public que sur scène.
Joel O'Keeffe, leader passant la moitié de son temps torsepoil, fait parler sa guitare quand il n'imite pas Bon Scott...pardon, quand il ne chante pas. En compagnie de David Roads dans le rôle du second guitariste, ils mélangent solos fiévreux et riffs accrocheurs pour un son dopé aux AC/DC qui n'aura laissé aucun des 2000 aérockeurs indifférent.


Quand ils ne parlent pas de bière (Back On The Bottle) ou de sexe (Blonde, Bad and Beautiful), ils défendent la traditionnelle cause ouvrière (Steel Town) ou évoquent des cavales imaginaires de bandits hors-la-loi dans l'Amérique profonde (on pense forcément à la puissance de Runnin' Wild, avec l'ami Lemmy de Motorhead). Une cavale, il en fera une lorsqu'avec sa guitare sur les épaules d'un gentil fan, il traversera la fosse telle une bête de scène (voir de stade maintenant, à la vue du show monstrueusement fou livré par les australiens ce soir).

Enfin je vais finir ce live report avec une citation extraite de Raise The Flag qui résume bien la mentalité des Airbourne : "as long as you're alive and we're alive, rock'n'roll will never die" Yeah !


[ PHOTOS : NAMAS POUR
SCENESDUNORD ]

The Ex @ Aéronef 28/11/2010


Depuis la rentrée, l'Aéro chérit ses abonnés en sortant de son chapeau magique des concerts gratuits. Après les mémorables Inspector Cluzo ou les plutôt intéressants Solange La Frange et Diziz Peter Punk, la salle de concert lilloise leur proposait de se réchauffer les tympans en ce dimanche glacial avec la présence des mythiques The Ex.
Mythiques, à en voir la vingtaine d'albums et d'expériences musicales (on retiendra la collaboration avec Getatchew Mekuria, saxophoniste éthiopien, qui avait ensoleillé Tous Au Sud à Lille-Sud en juin dernier).

Mais aujourd'hui, c'est double ration pour promouvoir leur dernier album, Catch My Shoe. Une louche pour les petits enfants, dans un premier temps, lors d'un goûter-concert apprécié (qui aura au moins eu le mérite de divertir les parents, étrangement venus en masse.. cherchez l'erreur) puis pour les grands enfants, à 18h.


Enfin... 18h était l'heure annoncée. En effet, les aéroexeurs auront attendu pendant une heure avant d'avoir le droit à des amis de The Ex, pseudo-Grand Corps Malade anglophones shootés à une drogue encore inconnue au bataillon mais dans tous les cas très efficace. La prestation loufoque devient vite lassante : au programme, alignement de chiffres et de mots incompréhensibles formant une cacophonie insupportable. Une (trop) longue demi-heure perdue qui nous évoque maintenant la douleur plus qu'autre chose.


Puis arrive le set de The Ex, attendu de pied ferme par une fosse à moitié remplie. Le groupe, avec le petit nouveau dénommé Arnold de Boer au chant, est à la base un vrai groupe : ainsi, aucune fumée sur scène afin qu'ils puissent se voir pendant tout le concert et demandes à répétition pour que Katherina, batteuse au grand coeur, soit éclairée à la même puissance que les autres. La dernière galette aura bien évidement été privilégiée et le public, au final, conquis.


Nos hollandais préférés offrent un rock mécanique et rythmé fort en guitares, accompagné d'une énergie encore fraiche et adolescente après avoir fêté leurs 30 ans de carrière l'année dernière. Un live détonnant et convaincant pour la dernière étape de leur tournée française.
Cerise sur le gâteau : 2 rappels, dont un improvisé et sincère... de quoi se recharger pour le (toujours) difficile début de semaine !


[ PHOTOS : FRED L. POUR
PHOTOROCK.COM ]

samedi 27 novembre 2010

Tour de Chauffe : The BellRays + Shiko Shiko + Hub @ Ferme d'en Haut 18/11/2010




Depuis 2005, Tour de chauffe a accompagné presque une centaine d'artistes, offrant à chacun diagnostic scénique et enregistrements professionnel. Un dispositif qui aura permis de révéler des groupes comme Roken is Dodelijk et Sexual Earthquake In Kobe.
Cette année, le festival joue la carte de l'originalité et mélange les styles musicaux. Ainsi, on peut retrouver du garage rock marié avec de la folk ou, comme ce soir, du noise rock cohabitant avec du blues rock. Il n'est pas question ici de savoir si on y perd ou gagne au change mais justement de jouer avec la curiosité du spectateur (qui est de moins en moins utilisée de nos jours..).

Ce soir, c'est donc au tour d'Hub et Shiko Shiko de venir présenter leur travail. Ils sont soutenus, comme à chaque soirée Tour de chauffe, d'une tête d'affiche: The BellRays.



Le concert s'ouvre sur Hub. Avec ses airs de rappeur, le jeune homme livre une performance accompagnée d'un VJ Set aux images bien pensées, parfois violentes mais toujours intéressantes. le public se tient loin de la scène et cela retranscrit bien l'ambiance: froide. Le son est en adéquation avec les images. Dommage.



Puis Shiko Shiko monte sur scène. Vus il y a un an, les quatre garçons produisent une musique dont on n'osera pas la description. Leur show aux auditions du printemps de Bourges s'était avéré peu convaincant, même si on avait remarqué leur capacité à mettre l'ambiance. On peut vous assurer que, cette fois, c'était bluffant.



Une prestation à en couper le souffle, bien carrée et riche musicalement. Ainsi que la présence de nouvelles chansons plus accessibles et qu'un VJ Set excellemment moderne. Une bien bonne surprise. Un groupe à suivre.



Puis, sur les coups de 23h, la diva Lisa Kekaula prend d'assaut la petite scène de la Ferme d'en Haut avec ses 3 guys en pleine forme. En ce début de tournée marathon (14 concerts en 2 semaines), ils vont nous offrir 1h15 de rock'n'roll intense, rappel compris.



Dans une salle aux deux tiers remplie, le public, fans des débuts ou simples curieux, n'aura pu résisté à l'avalanche de pépites mi-punk mi-blues déversée par le groupe. Les guitares accrocheuses de Bob et la voix soul d'une Lisa rayonnante se marient à merveille et sont soutenues par un tandem rythmique basse/batterie à la fois fou et carré.



Les BellRays ne donnent pas ici un concert promotionnel mais revisitent avec justesse l'ensemble de leur discographie, de The Red, White & Black (l'ouverture avec You're Sorry Now ou l'irrésistible Sister Disaster) à Hard, Sweet & Sticky (That’s Not the Way It Should Be, le tubesque One Big Party..) sans favoritisme pour le dernier album, sorti 3 jours avant. Dernier dont est tiré Anymore, ballade rock déchirante dont la magie s'amplifie et se multiplie en live jusqu'à en donner des frissons. De bons frissons.



On approche déjà les 00h20 quand le groupe nous laisse et le concert, jusque là sans réelle surprise, va prendre un autre tournant. Alors que les lumières salle se rallument après avoir fait espérer le public, la salle se vide. A ce moment précis, quand il ne reste plus qu'une vingtaine de personnes en train de refaire le concert ou essayant de le digérer correctement, un technicien sort de scène en courant et gueule un inespéré 'ILS REVIENNENT!'.

Le message se diffuse à une vitesse folle dans toute la Ferme d'en Haut et le 2e rappel improvisé remet une louche et rassasie pour de bon les chanceux présents en ce jeudi soir glacial.



00h30, c'est fini pour de bon : on retrouve alors, à peine sortis de scène, le couple actuel le plus rock'n'roll, Bob & Lisa, au stand merchandising. Encore une fois : MERCI !

samedi 13 novembre 2010

The Lanskies @ La Péniche 12/11/2010


Ce soir à la Péniche, on est un peu gonflé de programmer les Lanskies le lendemain du 11 Novembre quand leur 1er album, sorti en mai dernier, se nomme 'Bank Holiday'. Enfin...


The Lanskies donc. Alors que la scène française actuelle se convertit aux synthés (Anoraak pour n'en citez qu'un) ou à la folk gentillette et commerciale (Cocoon), nos normands de The Lanskies protègent un style musical en voie de disparition, le rock adolescent et efficace, avec une fraicheur incomparable. La même fraicheur ressentie à la sortie en 2005 de The Trap, la première bombe des Hush Puppies.
Mais la comparaison avec nos 'i want my kate moss' préférés est aussi déplacée qu'un parallèle avec les hymnes accrocheurs des Kaiser Chiefs ou l'efficacité du Bloc Party des débuts.


Car si l'on croit qu'il est facile de chroniquer les Lanskies et qu'ils ne sont qu'un groupe de rock comme un autre, c'est faux. Leur musique est un véritable cocktail énergétique ou, si vous préférez, une salade aux ingrédients multiples, de la batterie groovy au chant très british (le leader, Lewis Evans, est d'origine liverpooloise, d'où l'accent).

Si la basse nous renvoie au meilleur de la new-wave, eux considèrent leur style comme de la "hot-wave". Tout un programme. Et si l'on continuait avec les références faciles, le groupe serait alors composé d'un bassiste à la Gossip, d'un chanteur très Kaiser Chiefiens, d'un batteur... en marcel (et c'est déjà bien!) et de 2 guitaristes concentrés tout droit sortis d'un groupe de rock français. 2 gratteux ayant, au passage, la même gratte. Strange.


C'est devant une péniche au 1/3 rempli (ou au 2/3 vide, ça marche dans les 2 sens) que le quintet saint-lois (from Saint-Lô) débarque un peu avant 21h.
Qui dit presque vide dit presque mort ? Que nenni ! Les fans et les curieux en forme auront tapé du pied et bougé du popotin pendant une bonne heure.

Un live détonnant servi par un groupe connaissant la promiscuité sur la petite scène du bateau musical lillois. Le chanteur, s'essayant tantôt aux expressions maniérées, tantôt aux danses robotiques arrive à chauffer une salle presque vide grâce, notamment, à une histoire un peu farfelue.
Celle de la malédiction d'un troll acheté à une station essence : il serait la cause d'une extinction de voix du chanteur depuis la Boule Noire à Paris. S'apercevant de ce sort maléfique, ce dernier le jeta dans les toilettes avant le set lillois (ses clopes tombant avec) et depuis... plus rien.


Mais c'est surtout la simplicité du groupe qui nous frappe. Après avoir tout donné en venant dans le (petit, encore une fois, mais chaud chaud chaud!) public pour le gros single Bank Holiday, c'est une fois les lumières rallumées que la salle en demande encore. Le groupe revient alors, pour un 2e Bank Holiday improvisé mais encore plus jouissif que le premier.


On repartira l'album à la main parce que ça devient de plus en plus rare des vrais bons groupes de rock français sans prise de tête.

http://www.myspace.com/thelanskies

[ PHOTOS : DOROTHÉE CARATINI ]

Turner Cody + Faustine Hollander @ Péniche 11/10/2010


Et alors qu'il y a 92 ans jour pour jour, le 11 Novembre rimait avec gros enjeu, ici, rien de tout ça.
A la Péniche ce soir, ce n'est pas LA découverte hype ou LE retour attendu d'un groupe mais une simple soirée folk sans prise de tête. L'idéal contre la morosité ambiante et contre la pluie.
Une sorte d'ambiance feu de bois sur l'eau (et avec le bruit de la pluie), à l'image du public assis en tailleur dans cette péniche presque complète, tels des enfants bercés par une veillée scout.

C'est donc dans un cadre plutôt intimiste que Turner Cody, figure emblématique de la folk new-yorkaise de ces dix dernière années, passe par Lille au lendemain d'un échec marseillais. Un échec puisqu'il avouera lui-même, entre 2 superbes ballades folk-dylaniennes dont il a le secret, que "personne ne voulait voir Turner Cody" alors qu'il devait jouer à L'intermédiaire.
Se retrouvant alors seul dans Marseille, il décida de visiter les églises du coin et c'est en relatant cette anecdote qu'il s'est imaginé un monde où l'on pourrait transposer le beau temps du sud à Lille, le gentil public lillois dans le sud... et les églises marseillaises dans New-York.


La Péniche voulait faire dans la cohérence musicale ce soir, et ce fut réussi en choisissant Faustine Hollander comme première partie. Accompagnée d'un guitariste tout aussi gentil qu'elle, cette jeune belge timide joue dans la récitation scolaire.
Résultat : une longue demi-heure d'arpèges folkchiants divisant la salle entre le devant somnolant et le derrière bruyant au bar. Seul le dernier titre, plus énergique et avec des accords enfin frappés, nous fit taper du pied et nous aura laissé sur une plus ou moins bonne impression.


Digne héritier du copain Bob Dylan (paix à son âm..ah merde, il est pas encore mort. Enfin, c'est comme si..!), Turner Cody impressionne par son charme et sa présence, moustache, cheveux longs et chapeau inclus.
Un set épuré, du plateau (une housse de guitare et un pied de micro) au style (folk subtilement arpégée avec des paroles kitsch et adolescentes). Mais aussi un état de santé épuré puisqu'il paraissait fatigué.

Sinon, l'ensemble se rapprocherait d'un Adam Green calmé ou d'un Dylan jeune avec des mimiques d'un ado se touchant pour la première fois qui révèlent une grande concentration. Mais il gardera un bon contact avec les matelots de la Péniche en s'intéressant au lieu ou en s'amusant à faire croire qu'il aurait écrit une chanson lors de son dernier passage lillois, au Drugstore.


Il est plus de 22h30 quand la soirée se finit. Nous sommes alors tous prêts et prêtes à fermer les yeux après cette douce soirée avec laquelle on aura presque atteint l'overdose. Mais on remercie quand même la Péniche parce que c'est bon aussi des cures de folk, de temps en temps.

jeudi 11 novembre 2010

Izïa + Jeff Lang @ Aéronef 8/11/10

Quand le pourtant respectable Jacques joue pour des salles de vieux riches (en mai dernier au Casino Barrière) et quand Arthur peine à ressusciter pour de bon, la fougueuse Izïa Higelin profite pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière de la "nouvelle scène française".


Découverte il y a 1 an et demi dans la prog' de la Garden Nef Party d'Angoulême après s'être retrouvée à 16 ans en 1ere partie d'Iggy et ses fuckin' Stooges, cette jeune rockeuse n'est pas seulement "fille de" mais une artiste (et une voix) à part entière, récompensée à deux reprises aux dernière Victoires de la Musique.


C'est à 20h30 en ce lundi tristement pluvieux que les choses sérieuses ont commencé. Son nom ? Jeff Lang. Soutenu sur scène par un bassiste au look so british, ce virtuose de la guitare aura déversé durant 40min sa country teinté de blues avec une technique et une assurance remarquables.


Et même s'il auraient pu se passer de son ingé son sourd, on ne peut rester insensible à l'avalanche de notes conduite par un doigté impressionnant. Le public adhère et sera assommé par un I Want To Believe monstrueux en guise de final, notre ami Jeff allant même jusqu'à chanter avec sa voix de Texan dans le micro de sa guitare ou glisser des paroles d'AC/DC. Magique, voir envoutant quand sa slide guitar se met à dégager des sonorités indiennes.


A peine le temps de finir sa bière que les lumières salle s'éteignent : c'est parti pour 2h non stop comprenant 2 rappels, soit 2 fois + de plaisir dans un aéro à 3/4 plein qui repartira à 100% satisfait. Tout le monde aura été servi : les familles fans de Petit Bateau avec l'agaçant mais triomphal Let Me Alone, les fans avec les guitares toujours aussi rugissantes de Sebastien Hoog mais aussi les curieux avec la présence de 4/5 nouvelles chansons -dont la saisissante Don't You Know- au goût plus pop rock que les anciennes.

Seront aussi servis les voyeurs avec 2h de dandinement irrésistiblement sexy, ponctué par des pics de lachers d'hormones lorsque la sauvage Izïa (pantalon moulant en cuir, talons de 10cm et haut transparent) incite à "bouger son body et son boul" sur Disco Ball.


Et si on l'avait trouvée un poil timide lors de son passage en oct 2009 pour Ground Zero au Splendid, la jeune Izïa, tout juste 20 ans, a muri et sait maintenant quoi dire à ces foutus pervers quand ceux-ci gueulent le traditionnel "à poil" avec des réponses à base de "toi, tu... tu me casses les couilles !", avant de s'inventer un monde où on s'exciterait en regardant l'autre en pull.
Et c'est ça qu'on aime chez elle : chaque soir, elle garde la même fraicheur, le même caractère naturel et spontané, qui laissera une osmose totale entre public ("dis donc, à Lille on est motivés" dès le 2e titre) et groupe.


On pourrait critiquer la mise en scène carrée de ce qui devient un spectacle (de la destruction de la batterie jusqu'aux lancers de micro) mais il n'y a pas de doute : ce soir, il se passe quelque chose. Un quelque chose sous forme de dialogue avec la salle à propos d'un certain Jean-Mich' qui retardera le début de son titre solo Life Is Going Down.
Ce quelque chose qui l'aura poussée à rallonger sa setlist d'une reprise mémorable de Rollin' On The River de Tina Turner et d'un Hey Bitch percutant.
Ce quelque chose qui aura aussi provoqué le malaise d'une spectatrice une fois les lumières rallumées.

Ce quelque chose, cet ouragan nommé Izïa, saura-t-il survivre à l'étape difficile du 2e album ? Après un concert pareil, on ne peut qu'avoir confiance en l'avenir et en ce fameux 'rock'n'roll' qu'elle chérit tant.