vendredi 13 août 2010

Hot summer : Main Square Festival - Day 2



Offrons tout d'abord un rapide historique du Main Square Festival pour certains de nos chers lecteurs qui, comme des milliers de festivaliers, squattent Arras chaque premier week-end de Juillet.
Car le festival de France Trouduc (oups, Leduc) n'a pas eu une vie très facile depuis sa création, il y a 6 ans. Ou peut-être trop facile, selon de nombreux amateurs de musique en France, qu'ils soient programmateurs de petits festivals (parce que les Vieilles Charrues, avec leur ¼ de siècle d'expérience, n'ont rien à faire dans l'histoire) ou de salles de concert locales, on pense ici au réseau RAOUL dans ch'nord. Tous auront finalement gueulé d'une manière ou d'une autre quand la fameuse France Leduc annonce son partenariat en 2008 avec Herman Schueremans, patron du gros Werchter belge, qui aura permis d'accueillir les (trop) rares Radiohead sur la superbe Grand Place d'Arras.

What is the fuckin problem ? C'est que passer du duo Tryo/Indo aux machines nommées Radiohead, Mika ou Chemical Brothers en un an seulement paraît assez louche. Et pour cause, FLP a en fait signé un pacte avec le « diable », entendez ici Live Nation, le plus gros producteur de concerts au monde, rejeté à de nombreuses reprises par tous les festivals français, jusqu'en 2008 donc.

A l'époque, la presse musicale locale se déchaine (« le loup dans la bergerie ») mais le grand public s'en fout. La journée Radiohead est chère (60 euros) mais complète (25 000 tickets).
Mais encore une fois, où est le problème ?
C'est que le Virgin Square Festival a installé en 3 ans une foutue concurrence déloyale : des prix pas donnés pour des groupes à tubes fmisés à mort et un public présent par tous les prix, quitte à économiser l'année et réduire la consommation de concerts en salle. Au niveau estival, c'est la guerre (les Eurocks ont enfin trouvé le rival) ou la mort (le jeune festival de Nieppe, à qui on a volé la tête d'affiche, les Stereophonics. Paix à son âme).
Mais c'est facile de demander de l'aide : Live Nation aura presque bouffé France Leduc à la veille de l'édition 2010, se retrouvant même à un moment, privée de visite sur le site de la Citadelle.




La Citadelle, puisqu'on aborde le sujet : un nouveau site pour accueillir encore plus de festivaliers et surtout une sorte (disons une sorte puisque le problème de 'cohérence musicale' n'a pas encore été réglé) de réponse aux attaques du genre 'c'est pas un vrai festival'.


Cette année c'est donc un vrai camping, un vrai site boisé, un vrai système de gobelets réutilisables (euuh non pardon, ça, on a pas encore compris que ça pouvait être utile histoire de laisser un site propre) mais surtout, face à la plus haute scène du monde (17 mètres de hauteur pour la main stage), une deuxième scène, plutôt intéressante, dont la prog' a d'abord été proposée, ridiculement genre big joke, aux salles RAOUL.
Des middle names donc, avec une dose assez sympa de régional. Ne nous emballons pas, le main square restera le main square et les explosifs lillois de Skip The Use se sont vus coupés les micros dimanche parce qu'ils avaient dépassés leur temps de set .. Au final le groupe, aidé par le public surchauffé, a gagné cette minable guerre qui aura choqué tout le monde (ça se fait de virer de chez toi des invités parce qu'ils restent un peu trop longtemps et puis bon, c'est pas des stars?!).


Si le vendredi commercial et le gâchis (Pink, Rammstein) du dimanche n'étaient pas très attirants, la journée du samedi était éclectique mais plutôt bien foutue. Au niveau météo, à Arras, ça passe ou ça casse : tandis que 2008 a trempé les pavés de la grand place, 2009 les aura ensuite bien séchés. L'élan caniculaire a donc été stoppé cette année avec des orages perturbant La Roux le vendredi et une pluie miraculeusement évitée durant le set de Ben Harper samedi (comme durant le set du même Ben à Liège 7 jours plus tard, marrant).


Pluie donc pour les 2 premiers set de la journée du samedi, tous deux régionaux : d'un côté le hard rock puissant et ambitieux des Zoe (drôle de nom pour un groupe qui voudrait concurrencer Airbourne) et de l'autre les hippies (long vie au jogging!) lillois du XXIe, TV Glory.


Et même s'ils se font faits écrasés par les Skip The Use lors des sélections de Bourges, ils ne sont pas pour autant mauvais, et surement plus novateurs que ces derniers : une musique simpliste mais colorée, au beat électronique qui fait taper du pied. On fera abstraction des remarques loufoques (inutiles, vous dites ?!) du leader (à la tête de Didier Super) du genre 'vous le voyez pas mais il y a une mouche sur mes lunettes depuis tout à l'heure'.

Suit ensuite une petite pensée pour ce qui était, pour certains, le groupe de la journée, les Wolfmother, qui ont annulé, le superleader, Andrew Stockdale, étant malade. Lily Wood & The Prick pour remplacer. Pas le remplacement le + cohérent qu'il y aurait pu avoir, c'est sûr, mais il faut reconnaître que le duo frenchygentil, accompagné de deux autres musicos, en a quand même dans le ventre et aura séduit, malgré la taille démesurée de la main stage, la foule de plus en plus dense.


Mais le premier temps fort de la journée vient de la Green Room avec les nouveaux Beatles français (comparaison facile, ok) : Gush, composé de deux frères et les membres, multi-instrumentistes, venant tous d'expériences musicales différentes (le batteur est celui de la galette d'Izia)
.


Grosse caisse en moumoute & look dandy 60's, ils nous avaient bluffés d'abord en première partie de la tournée petites salles de -M- puis en showcase fnouc et là, c'est la confirmation.


Les 4 guys envoient une énergie follement kitsh à 15h de l'aprem, font revenir le soleil et les sourires. Le public est conquis et cela doit devenir une habitude pour LE groupe qui n'aura pas pris de vacances cet été.


A peine remis de la tornade Gush qu'on se retrouve à courir car Julian Casablancas est déjà monté on the main stage. Et quoi de plus kiffant que de piquer un sprint sur Hard To Explain, première reprise des regrettés (mais bientôt renaissants) Strokes offerte au public arrageois, qui s'en foutra pas mal, immobile pour une grosse partie durant tout le set sauf sur les single 11th Dimension et Out Of The Blue.

En même temps le son est crade, le Julian imite presque le public mais est pardonné à moitié quand il s'essaye au français dans une sorte de communication avec le public où on comprendra que lui-même savait que la plupart des festivaliers étaient venus pour Pearl Jam et non, malheureusement, pour l'un des génies musicaux du XXIe. Conséquence : pas de Reptilia, gardé bien au chaud pour les bretons deux semaines plus tard.


On attendait beaucoup des Phoenix : de retour à Arras après l'année de la consécration, autant en France qu'aux States, Thomas Mars et ses copains avaient un peu la pression. Pas forcément pour rien, puisqu'ils auront offert un des meilleurs lives grâce à une communion croissante au cours du set avec leur public jusqu'à l'apothéose, 1901, qui a certainement gagné le statut de meilleur chanson de la journée.

Et ça se voit sur autant sur scène que dans le public : une pêche générale, des sourires et une performance qui fait la nique à tous les cons qui gueulent que la musique française est morte.



Il se passe un truc et Thomas Mars, grand meneur de cette timide mais magique messe musicale, va même jusqu'à s'allonger, caché derrière les retours, durant cinq longues minutes parce que Phoenix est avant tout un groupe. Un grand groupe.



19h25 et il est déjà l'heure de la 3e louche (d'abord en intimiste à l'aéro puis au zénith) de -M- pour la grande tournée Mister Mystère.



Réduit au format festival (à quand une tête d'affiche française pour le main square..?), le show de -M- et son supergroupe (big up à Elise Blanchard, bassiste aux doigts de fée) ressemble à un best-of, sorte de long échantillon alléchant du vrai concert qui pourrait alors vexer les vieux fans avec l'absence d'anciens tubes.



Si le grand Matthieu Chédid arrive à captiver la foule entière à coup de solos à chaque fois grandioses, lancers de cornflakes ou de jevousfaittousasseoir, le set paraît quand même répétitif au bout de la 3e fois car chronométré, très calculé et orchestré d'une manière un poil trop carrée.




La magie se brise donc au final et on ne peut que conseiller de vivre l'expérience -M- en live, mais peut-être qu'une seule fois.



Vous avez compris, la qualité musicale aura donc été croissante tout au long de la journée, pour le plus grand plaisir des tympans des 35 000 festivaliers. La suite s'appelle Ben Harper, de retour cet été avec son groupe de rock, The Relentless7. Et pas n'importe quel groupe. Modestes mais impressionnants, les 3 musicos s'effacent derrière le charisme et l'aisance d'un Ben Harper qui, après avoir pris en otage la scène pour un long début acoustique solo, s'éclate ensuite tel un ado qui découvre le blues dans son garage. Dans son garage, peut-être, mais avec la même qualité technique qui nous avait bluffé à Londres une semaine plus tôt.


Et là arrive toute la particularité des concerts de Ben Harper : la setlist est différente à chaque date. Et celle d'Arras s'affiche clairement + accessible que celle de LDN avec la simple présence de Diamonds On The Inside et Keep It Together (So I Can Fall Apart).

Enfin.. Londres, Arras, quelque soit la city l'hystérie est la même quand Eddie Vedder pointe le bout de son nez pour interpréter avec Ben la reprise de Queen Under Pressure, qui a le don de mettre tout le monde d'accord. Bref, une heure trente de frissons blues, revigorants et assommants malgré l'absence, encore une fois, de la bombe Shimmer & Shine.


Et si le festivalier croit qu'il a un peu de temps devant lui avant les vieux Pearl Jam pour digérer le concert de Ben, il se trompe. Le fou nommé Taylor Hawkins, à l'origine batteur des Foo Fighters, tape déjà sur sa batterie centrale sur la Green Room tandis que son groupe, The Coattail Riders, essaye de le suivre.
Et vas-y que je te pète les oreilles avec mon heavy metal rock rentre-dedans, et vas-y que je tape heavy sur mes drums .. et si certains ont envie de trouver le disjoncteur, il faut avouer que le Taylor aux cheveux longs comble avec succès le trou entre les 2 légendes de la journée (Harper/Vedder) et ça fait plutôt du bien.


Alors, comment un gars né en 1994 vit un concert des Pearl Jam (rivaux des Nirvana dans les 90's) en 2010 ? Assez bien finalement.
Les 17 mètres de hauteur de la main fuckin big stage prennent tout leur sens avec un lightshow monstrueux pour une foule géante. Les deux (longues?) heures de live auront satisfait les fans de la première heure, réunis en masse à Arras pour la seule date française du groupe durant leur (dernière?) tournée. La moyenne d'âge avoisine donc les 30/35 ans et qui dit la trentaine dit pas forcément babacool : dès la fin du set de Ben Harper ça se bouscule, comme d'habitude, pour être au premier rang et pendant le set bah ça gueule, normal.
Ça gueule bourré, ça chante groupie mais ça fait du bruit dans la fosse, tous vénérant le grand Eddie, majestueux ce soir et encore plus imposant quand son ombre se reflète sur la superbe chapelle de la citadelle d'Arras. La classe. Du respect, beaucoup de respect, qu'on aime ou pas le gros rock américain assez popisé pour devenir des fois un peu ennuyeux quand on est pas fan.
Mais on en demandait pas plus après la claque Ben Harper : quand le live de Ben était hypnotisant musicalement, le show d'Eddie est hypnotisant visuellement et rééquilibre donc la balance.


On a beau critiqué chaque année les nombreux défauts du festival d'Arras, on arrive chaque année à éviter le détour pat Belfort et reste toujours impatients à l'heure de Noël de connaître les noms pour la future édition.

Et pour 2011 alors ? Quand les Rolling Stones parlent d'une tournée d'adieu (la blague) et Téléphone d'un comeback, les rumeurs s'emballent. Chaque année on ressort les même stupides noms, à base d'AC/DC et de Red Hot .. Et si la mère France Leduc sera mise un peu à l'écart, Live Nation ne lâchera pas la France et a déjà envahi le sud avec le Big Festival (bouuh le nom de bouseux) de Biarritz. Le rock business a de beaux jours devant lui.

[ PHOTOS : Maxime Brossard + DPC, J.Pouille et Lillelanuit]

2 commentaires:

  1. J'avais plus ou moins entendu parlé de l'histoire RAOUL/TRUC NATION, et après t'avoir lu, je pense qu'on ne peut qu'être totalement d'accord avec toi :D

    J'ai vu Gush aux nuits secrètes et ils ont l'été super cools aussi, j'aurais bien aimé être là aussi pour Phonix et Ben (vu aux vieilles charrues). Puis Skip The Use, histoire de voir s'ils sont aussi bons que tu le dis — je n'en doute pas.
    Ah aussi, t'as loupé ze transition entre Taylor Hawkins et Pearl Jam là, rooh ! Le "leader" des Foo Fighter est précisément David Grohl, qui n'est ni plus ni moins... l'ex-batteur de Nirvana !

    Quelques remarques : assez énorme la pancarte interdisant le slam, lol ; à mon humble avis, le grunge ça pue (à part Nirvana mais faudrait appeler ça du post-hardcore).

    RépondreSupprimer
  2. Toujours aussi happy de voir que tu suis mon blog et que tu apprécies, c'est cool.

    J'ai pas trop compris ton passage sur Dave Grohl et les Foo Fighters ..
    Tu as squatté les bretons toi, cette année ?

    Pour moi tous les ennemis et amis de Kurt Cobain font du grunge, c'est aussi simple que ça :p

    RépondreSupprimer